Peinture


J’ai laissé un temps le pastel crayeux et poudreux, j’ai écarté son empreinte poussiéreuse et sa sournoise invasion. Je n’ai pas oublié la main colorée de matière pour faire traîner mes doigts sur le support, délaissant parfois le pinceau trop distant. La toile est un autre espace, un champ élargi, un support ouvert, un lieu d’incidents, de coulures, de ratures, de mouillage, d’ancrage et de possibles encore.

Les toiles ont offert l’espace, l’acrylique la spontanéité et la rapidité de la mise en œuvre avec les aspects pratiques d’une technique à l’eau.


Murmures - 2025

Au fil de mes recherches, j’ai souvent été attiré par les marques picturales du temps qui passe sur le monde qui nous entoure. Implacable et inexorable, la temporalité de la vie bouscule et interroge. Comme l’incessante mouvance des eaux marines, elle amène des sentiments contradictoires que chacun s’approprie suivant sa sagesse, sa colère, sa lucidité ou sa résignation. Mais plus que l’impact du temps sur l’humain, j’aime observer les traces picturales laissées par les années sur une boiserie fatiguée d’être repeinte, les taches informelles parsemant le crépi fatigué, estompe de couleur parcourues de coulures sans contrôle, accident. Je pense aux façades cubaines, je revois les palissades de bois flottés que le sel a poli, je me rappelle les embarcations de pêche aux flancs vieillis et colorés sur des rives exotiques. Douceurs pastel que libéreront peut-être sur ma toile, les jus colorés d’un bel outremer, mélanges sombres et hasardeux parfois.

 

« Un vieux mur n’est jamais "bâclé", comme peut l’être un tableau. Le temps y travaille et prend son temps. Il laisse agir le hasard, sans rien laisser au hasard ! Qu’on y introduise subrepticement une couleur criarde, une tache rebelle, quelques semaines lui suffisent pour les harmoniser. »

 Extrait d’un texte de Brassaï – « Graffiti » - 1960

 

Cherchant cette harmonie qu’évoque le texte de Brassaï, j’ai aussi retrouvé le trait, la ligne, présence adoucie d’un graffiti passé, d’un dessin naïf, enfantin, gratuit. Sur les toiles récentes, j’ai laissé cheminer, prendre forme, se répéter, se chevaucher, disparaître puis resurgir, sans écrire, sans signifier aussi, juste une présence voulue, juste un geste, un parcours. J’ai cherché l’équilibre en respectant la dynamique abstraite de mes paysages.

 

Recherches sur papier - Acrylique et pastel gras.



Paysages - 2019

La simplicité du mot s’est révélée au fil d’une première série de toiles. Un paysage s’offre d’abord à tous dans sa géographie concrète : une plage à marée basse, une vigne d’automne, un village aux toits d’ardoise. Le verdict est clair, le regard sans ambiguïté et l’accord partagé. Puis viennent les impressions, les sensations, les interprétations de chacun, la liberté si personnelle de bâtir ses paysages intérieurs. Palettes du peintre, si diverses, jamais insignifiantes. Joie d’une couleur pour l’un, tristesse pour l’autre. Agitation ou sérénité, violence ou paix, vide ou plein, les lectures diffèrent.

 J’ai voulu me libérer de l’explicite qui m’encombrait quelquefois. J’ai regardé autrement. J’ai isolé, recadré et découvert un chemin plus intime au sein de mes recherches. Le visible a changé, laissant venir d’autres interprétations, d’autres histoires, d’autres paysages. Arrivent un temps de réflexion et de questionnement, puis un besoin d’espace pour libérer et préciser les sentiments. Le fleuve impétueux se dématérialise, les rives ne demeurent jamais loin. Renouveler sans effacer : paysages, voyages, îles lointaines, lignes incertaines, souvenirs, réminiscences. L’abstraction est venue du regard.

 

A l'atelier